EDITO
2016 : les silences de Sassou en disent long
Opposition Pascal Tsaty Mabiala, secrétaire général de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UAPDS)
Majorité présidentielle Pointe- Noire et Brazzaville : citadelles imprenables
Emploi Le Congo se dote d’un fonds pour les jeunes
Délégation générale aux Grands Travaux Réalisations sur tous les fronts
Pourquoi Pékin a choisi le Congo-Brazzaville
Pour sa première tournée internationale effectuée du 22 au 30 mars, Xi Jinping, nouveau président chinois, s’est rendu, en plus de la Russie et de sa participation au sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) à Durban, dans trois pays africains issus de trois régions du continent : la Tanzanie en Afrique de l’est, l’Afrique du sud en Afrique australe et le Congo-Brazzaville en Afrique centrale. Ce choix répondait, on s’en doute, à une stratégie visant trois pôles d’attraction de la chine en Afrique. Dans la communauté des états d’Afrique centrale (CEEAC), Brazzaville semble avoir été préférée à l’Angola et la RDC, alors que ce dernier pays passe pour être proche de pékin. Mais les dirigeants chinois considèrent le président congolais de 70 ans comme un sage aux talents de médiateur certains dans la région, et aussi comme une pièce maîtresse dans leurs relations avec les pays pétroliers du golfe de guinée. D’où cette question : coïncidence ou hasard de calendrier, on se demande pourquoi, quelques jours seulement avant que le président congolais n’accueille Xi Jinping à Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso a reçu de François Hollande, via l’ambassadeur de France au Congo Jean-François valette, une invitation pour une réception à paris.
Aujourd’hui, la Chine est non seulement devenue la seconde puissance économique du monde, mais aussi le premier partenaire économique du continent africain. Car, depuis 2009, le total des engagements financiers cumulés de China Development Bank (CDB) sur des projets dans 30 pays africains s’élève à environ 16 milliards de dollars. Néanmoins, les Africains reconnaissent tout haut que les produits estampillés « made in China » souffrent encore d’une mauvaise réputation. Chaussures, matériel informatique, téléphones portables et autres produits audiovisuels ne répondent pas aux standards internationaux. Au ministère du Commerce chinois, on s’efforce de changer cette image en expliquant que ces produits de « pacotille » et bas de gamme vendus en Afrique ne sont pas fabriqués dans les circuits officiels. Et d’ajouter que sur les marchés européen et américain, les produits chinois sont plutôt de très bonne qualité.
Au Congo-Brazzaville, la France (1) conserve encore statistiquement en 2012 la position de premier pays fournisseur (autour de 20 % de parts de marché), mais l’on constate que désormais, il faut compter avec l’irrésistible et fulgurante ascension chinoise. Ce besoin de diversifier ses partenaires est vécu comme une nécessité par une classe politique congolaise guère désireuse de « mettre tous ses oeufs dans le même panier ». Pendant son séjour à Brazzaville, Xi Jinping et Sassou-Nguesso ont conclu onze accords économiques équivalant à plusieurs millions d’euros dans les secteurs de la coopération, de l’économie, de la communication, des infrastructures et de la banque. Des accords qui ont particulièrement réjoui le département ministériel des Zones économiques spéciales (ZES), car celui-ci est en discussion avec un constructeur chinois intéressé par la position stratégique du pays pour l’utiliser durant les vingt à trente prochaines années comme plateforme de fabrication de composants automobile.
Le Congo où le chef de l’État à mi-mandat fait l’objet d’un débat sur le renouvellement ou non de ce mandat, interdit par la Constitution. La majorité présidentielle (PCT) tente de freiner des quatre fers, refusant d’ouvrir le débat au prétexte que le moment n’est pas opportun. Mais en démocratie, une telle question ne peut pas être taboue. L’opposition parlementaire (UPADS), qui doit se féliciter des avancées obtenues à la dernière concertation de Dolisie dans la perspective des prochaines élections municipales avec, notamment, l'établissement de cartes d'électeurs biométriques ou le réaménagement de la compétence de la commission nationale électorale, se dit hostile à toute révision. Malgré sa majorité au Parlement et la forte implantation du PCT dans le pays, l’exécutif congolais saura-t-il convaincre la communauté internationale ? Au lendemain de la chute de Bozizé, l’équation pour Sassou-Nguesso peut aussi se résumer à deux postures : assurer son départ en laissant un héritier ou rester encore un peu en donnant les gages d’un équilibre de paix pour son pays, qui a connu trois guerres fratricides, mais aussi de la région déjà aux prises avec la crise du Nord Kivu, dont il assure justement la médiation.
Par Christian Lapeyre
(1) En 2011, la France a investi au Congo un stock d’IDE s’élevant à 2,79 Mds d’euros.